État d'esprit

Je suis dans un de ces moments creux de la vie. Ceux où on essaie de se retrouver après s'être un peu perdu. De ceux qui suivent les déceptions, où après avoir fait tout ce qu'on voulait jusqu'à s'en vouloir, on aspire à nouveau à une certaine stabilité. Même si pour cela, il vaut mieux rester seul pendant un petit moment. Faire une mise au point, méditer, réfléchir et prendre soin de soi. Avant de se laisser emporter une bonne fois pour toutes?

Je suis un doux rêveur, un naïf qui croit aux amours éternelles. Cette bêtise m'a valu bien des claques, même si je me suis toujours relevé par la suite. Le pire, je pense, c'est que j'ai toujours envie d'y croire. Pas à la femme parfaite, mais à celle qui, imparfaite, me conviendra parfaitement. Cette relation faite de complicité, de confiance, de sourires, de magie et d'une grosse dose de communication. De celles où on joue comme des enfants, on se protège comme frère et sœur,  on parle comme des amis et on se dispute comme mari et femme. Après tout, ce n'est pas inaccessible puisque je l'ai connu, au moins temporairement. Mais est-ce bien raisonnable d'espérer vivre quelque chose de plus fort, par sa sincérité, sa réciprocité et sa longévité? Sans doute vaut-il mieux ne s'attendre à rien mais être prêt à tout.

Mon esprit est donc partagé entre un besoin de me reconstruire seul, l'espoir qu'une jolie histoire puisse encore arriver et la crainte que l'attente que cet espoir se réalise ne finisse par me détruire.

Je passe le plus clair de mon temps à travailler, faire du sport et cuisiner sainement afin de ne pas avoir trop honte de mon corps, au moins. Je sors toujours car j'ai besoin de voir du monde et de faire de nouvelles connaissances mais j'ai diminué les sorties et varié leur style afin de goûter à d'autres plaisirs et de mettre de l'argent de côté dans le but d'acheter mon propre appartement et de quitter la maison de mon père définitivement et sans dépendre de personne.

Et puis quoi, encore?

Je suis justement en train de préparer le souper quand mon père rentre après avoir fini de travailler. Il me regarde avec un petit sourire et je me demande ce qui lui prend, lui qui ne parle pas beaucoup, voire pas du tout, à part pour me faire des reproches ou me raconter ce qu'il fait de son temps libre avec ses amis. Il me confie alors qu'il a "peut-être quelqu'un pour moi".

J'en ai été choqué! Ok, j'ai trente-deux ans, je suis célibataire et j'habite toujours chez mon père. Ok, je suis loin d'être opposé au fait que l'on me parle de personnes intéressantes. Mais c'est tout de même humiliant, non? Je ne suis pas fan des histoires "arrangées" mais le fait que ça vienne de mon père, j'ai trouvé ça encore pire. Comme si je n'étais pas capable de trouver quelqu'un de bien par moi-même. Enfin, en même temps, si je suis parvenu à en trouver, une chose est sûre: ça n'avait jamais fonctionné puisque j'étais seul.

De nature curieuse, je demande tout de même de qui il s'agit car quand on habite dans une si petite ville, on connaît pratiquement tout le monde. Il est incapable de me donner son nom mais m'explique qu'il soigne sa maman, qui a travaillé avec moi il y a plusieurs années. Il ajoute encore qu'elle est vraiment jolie, visiblement sportive et très bien de sa personne. Il a conclu en disant qu'apparemment elle est en couple mais que son compagnon ne semble pas à la hauteur de ses espérances et qu'elle a souri et rougi quand mon ancienne collègue lui a dit, en parlant de moi: "C'est de quelqu'un comme ça dont tu aurais besoin".

Je veux savoir à quoi elle ressemble, impossible que je ne l'ai jamais croisée auparavant! Après plusieurs minutes de recoupages d'informations sur Facebook, je finis par tomber sur elle. Mignonne, effectivement, même si je ne suis pas naturellement porté sur les blondes. Son profil indique étrangement qu'elle est célibataire. Je vois que nous avons certains amis en commun... des gens dont je suis où j'ai été proche, pour certains. Et d'après les photos, elle est allée en vacances avec eux! Intéressant... cependant, je n'ai aucun souvenir de l'avoir déjà vue quelque part, encore moins de lui avoir jamais parlé.

Je renonce cependant momentanément à faire connaissance: dans quelques jours, c'est la fête au village et j'ai un programme bien chargé. Je risque de ne pas être disponible pendant un bon moment et d'avoir bien d'autres choses en tête...

Bonjour!

Cela fait une semaine que la fête est terminée, je suis retourné au travail pendant deux jours qui m'ont semblé longs et pénibles, s'en est suivi un week-end d'évasion mentale durant lequel je suis resté chez moi presque tout le temps. J'avais besoin de repos et de me retrouver. Toujours connecté, je fais le tour de différents sites de rencontres, sans conviction. Je réfléchis beaucoup. Ensuite, je repense à cette petite blonde et je retourne faire le tour de son profil, ses photos. Je finis par me dire que celui qui ne tente rien n'a rien et par cliquer sur le bouton "Ajouter". Après tout, les mariages arrangés ne durent-ils pas plus longtemps que les autres, statistiquement parlant? Je ris intérieurement en me disant que, de toutes manières, il y a de fortes chances pour qu'elle rejette l'invitation puisqu'on ne se connaît pas.

Le lendemain, à ma grande surprise, j'avais une amie de plus sur Facebook. Extrait d'un dialogue entre deux des voix dans ma tête: "Qu'est-ce que je fais? Je lui parle? Ça fait pas un peu précipité? en même temps, si je ne lui parle pas, à quoi ça servait de l'ajouter? Oh allez, arrête de réfléchir, dis-lui quelque chose! Oui, mais quoi? "Bonjour", pour commencer, ce serait pas mal". Je suis du genre à me poser beaucoup de questions pour finir par foncer, tête baissée. Du genre à agir sous la pression.

À nouveau, j'ai été positivement surpris: une conversation agréable avec quelqu'un qui semble mature et qui manie l'ironie avec une certaine habileté. Elle est en couple depuis deux ans et place des barrières de politesse et des distances correctes mais elle m'avoue qu'elle remet certaines choses en question en ce moment et se pose beaucoup de questions. Typiquement le genre de situation que je cherche à éviter! Cependant, elle ne semble pas disposée à discuter de son couple, ce qui est sans doute mieux pour tout le monde. Après tout, ça n'engage à rien de faire connaissance et ces quarante-cinq minutes sont passées à la vitesse de l'éclair. Pourquoi se priver de moments plaisants?

Quelques jours plus tard, une autre conversation. Cinq heures. On s'approche un peu plus, on teste l'humour, on fait vraiment plus ample connaissance. Des petits détails de la vie quotidienne, de l'instant présent: elle suit des cours d'italien et j'adore les langues latines. Elle a l'air déçue de sa situation mais, au moins, je la fais rire. Elle m'a même posé quelques questions sur ma situation personnelle. On a eu un peu de mal à décrocher, même si j'ai eu l'impression de la forcer un peu à ne pas me laisser...

Le week-end a cette fois mis la fête à l'honneur. De piscines en soirées, en passant par des apéros, des marches, un resto... La fatigue s'est à nouveau installée et la discussion a repris avec elle. Elle s'est renseignée pour savoir si j'étais quelqu'un de correct. Elle maintient toujours une distance décente, néanmoins. Elle a dû écrire le mot "amical" cinq fois sur ses sept dernières phrases. Est-ce qu'elle veut éviter que je m'attache pour ne pas avoir la pression de savoir qu'elle a la possibilité de me faire souffrir? Ou est-ce qu'il s'agit d'auto persuasion afin qu'elle ne laisse pas inconsciemment la conversation dériver? Je l'ai encore fait rire, elle rentre vite dans les jeux de rôles. Elle m'a demandé si je m'attachais vite et m'a dit qu'elle aimait bien écrire avec moi, maintenant. Elle a sous-entendu qu'on se verrait probablement un jour mais que nous allions nous contenter d'écrire amicalement pour le moment. J'avoue que je commence à penser un peu à elle. Elle, de son côté, a juste avoué, ce matin, qu'elle avait pensé à un de nos délires, au réveil. On avait évoqué la possibilité de partir loin pour écrire un livre: la suite de mon journal de Bridget Jones à moi (un recueil de mes déboires amoureux que j'ai écrit durant un an et que j'ai perdu dans un crash de disque dur), une histoire qu'on pourrait "écrire à deux", dans le sens métaphorique du terme. On vivrait notre histoire et je l'écrirais. Ce que vous êtes en train de lire en ce moment! Elle m'a suggéré un endroit de rédaction: l'île Harbour, aux Bahamas. Tentant, quand on voit les images...

Lionne à Lion: nouveau moyen de communication

Elle avait posté une chanson en italien, "Adesso tu" qu'elle a enlevé pour "ne pas avoir de remarque". En substance, elle disait "maintenant, tu es là, au centre de mes pensées" (je parle de la chanson, là). Je n'ose pas penser qu'elle l'a postée en pensant à moi... Mais elle l'a surement enlevée pour ça.

D'ailleurs, c'est elle qui est venue vers moi, sur Facebook, en me parlant de cette île dans les Bahamas. Qui y a pensé dès le réveil. Je l'ai laissée venir et je n'ai pas dû attendre longtemps. Elle apprécie sans doute réellement le fait de parler avec moi. C'est encore elle qui est revenue vers moi, le soir, par SMS, comme elle avait mon numéro. Elle m'a dit que quand elle disait "amicalement", c'était le plus souvent pour taquiner mais peut-être aussi pour laisser une certaine distance.

Elle commence à prendre un peu de place, dans ma tête en tout cas. Ce n'est pas pour me déplaire car je préfère penser à elle qu'au passé, par exemple. D'un autre côté, je ne sais pas ce qu'elle veut réellement ou ce qu'elle pourrait vouloir. Je ne suis donc pas sûr qu'il soit bien raisonnable de m'attacher à elle... il faut voir de quelle manière on s'attache, évidemment.

Ce qui est mignon, c'est qu'une certaine complicité s'installe déjà. On a détecté le mot parasite de l'autre et on s'amuse à jouer avec. Elle n'arrête pas de dire "drôle" et moi, je dis "intéressant" dès que j'en ai l'occasion... maintenant, c'est moi qui dis "drôle" et elle qui place "intéressant" un maximum de fois dans la conversation. On se parle un peu en italien ou en espagnol. Je suis le vilain et elle, la connasse. On est du même signe astrologique: elle est la lionne, je suis le lion. Ça devient presque des petits surnoms. Mignon!

La voix de la Lionne

Aujourd'hui, c'est moi qui ai envoyé le premier SMS. Plus gentil que vilain. Elle travaillait mais j'en ai reçu quelques-uns, malgré tout, entre deux clientes... et je lui ai dit que j'avais envie d'entendre sa voix (histoire de voir si elle n'avait pas un accent tout pourri). Elle a commencé par me taquiner, tout d'abord. Puis, elle m'a appelé! Elle n'a pas d'accent pourri, elle a même une jolie voix. Elle donne l'impression d'être à l'aise; de mon côté, même si je n'en ai sans doute pas l'air, j'étais un peu stressé.

Je voudrais devenir une drogue, pour elle. Surtout que je commence à beaucoup regarder mon GSM, inconsciemment. Je serais attachant et un peu fougueux, d'après elle. Toujours des jeux de mots... et je lui ai dit que j'aimerais la rencontrer. Ce qui risque d'être encore un peu plus stressant, pour tout dire. Je crois que je ne pourrais pas la "draguer" plus clairement sans être... lourd.

Surprise!

Hé bien, je n'ai pas eu le temps de stresser! Elle m'a dit qu'elle arrivait et je ne l'ai pas crue. J'ai probablement bien fait, même si elle est vraiment venue. Je la trouve plus jolie qu'en photo. Et elle sent bon! Je crois que j'avais un sourire ridicule collé sur le visage et que je n'ai fait que débiter des âneries pendant une bonne heure. Mais elle a beaucoup souri, aussi... Elle m'a expliqué que, comme moi, elle voulait "passer une étape" de plus et savoir si on était physiquement compatibles. Ça n'avait pas l'air si amical. Je lui ai glissé deux bisous dans le cou, à défaut d'autre chose. Elle a tout de même maintenu une certaine distance, je ne sais même pas si je lui plais. Je me suis vu l'embrasser plus d'une fois mais je suis pratiquement certain que j'aurais pris un vent et puis je ne veux pas forcer les choses. Elle m'a demandé si elle avait marqué des points... Elle avait l'air assez sûre d'elle à ce sujet et assez contente d'avoir fait péter le score. Je dois avouer qu'elle m'a scotché, ce n'est pas la première fois qu'elle me surprend positivement. Elle avait dit tout à l'heure que j'étais attentif et surprenant mais... Elle ne se débrouille pas mal, à ce niveau-là! Et j'adore ça.

Dire que j'ai entendu sa voix pour la première fois il n'y a même pas 12h... On fait tout à l'envers et j'ai l'impression que ça va vite alors qu'elle roule avec le frein à main. Mais j'ai clairement retrouvé un petit sourire, une motivation, un but... La rendre folle de moi! Je suis fou. Je ne devrais pas m'emballer. Elle m'a envoyé un sms pour me dire qu'elle était bien rentrée alors j'en ai profité pour mettre les pieds dans le plat. Je lui ai clairement demandé si je lui plaisais. Je l'ai regretté immédiatement et puis je me suis dit que ça me calmerait de me prendre une belle claque. Elle a répondu qu'elle était trop coincée sous la couette pour me répondre, qu'elle pouvait juste me dire que j'étais... Drôle. Son mot fétiche. Et maintenant, je suis "spécial", hum. Je ne sais pas si je dois me vexer ou être content. Bon... Je ne vais pas tarder à aller me coucher, moi.. On aura les idées plus claires demain, normalement, il paraît.

La lionne s'approche... Un peu

Aujourd'hui, on s'est envoyé quelques messages pendant qu'on bossait. Elle m'a dit qu'elle avait pensé à moi ce matin mais qu'elle n'arrivait pas à éclaircir ses idées. On se taquine toujours, on glisse quelques mots en italien. Elle n'est pas trop grande, ce qui lui permet de mettre des talons sans me mettre une tête. Je trouve que c'est plutôt une bonne chose mais elle a eu l'air de se vexer quand je lui ai dit: "Tu peux toujours mettre des talons alors, Minipouce!". Hum. J'ai passé la moitié de ma journée à regarder mon GSM... A force de second degré, on a failli ne plus savoir à quel moment il fallait rire et à quel moment il fallait prendre les choses au pied de la lettre. La limite des sms et le manque cruel de non-verbal amènent à des situations de ce genre, parfois. J'ai pris l'initiative de téléphoner pour avoir au moins les intonations de la voix et ranger ce léger malentendu directement aux oubliettes, la méthode m'a paru efficace.

J'ai eu envie de la revoir, déjà. Apparemment, elle n'était pas opposée à l'idée et elle a pris de la paëlla pour deux. J'avais un sourire jusqu'aux oreilles en conduisant sur le chemin du retour du boulot, j'avais misé sur le fait que mon père n'était pas là ce soir et... Je me suis trompé. Il a tout de même gentiment évacué les lieux, même si ça me gênait un peu. D'ailleurs, quand je lui ai expliqué, elle était un peu gênée aussi. Quelle situation! Ce serait plus simple si j'avais mon chez moi.

On a bu du vin blanc et elle a parlé un peu plus. Elle m'a raconté son parcours scolaire et professionnel. La douce rêveuse, un peu rebelle, qui a des problèmes avec l'autorité, qui ne se livre pas facilement. Une lionne.. Qui réfléchit, qui se remet en question, qui considère que rien n'est définitivement acquis, que les gens évoluent, qu'ils peuvent se rencontrer dans une période où ils se donnent des choses et puis se quitter parce que ce n'est plus le moment. Elle m'a un peu parlé de sa relation actuelle en faisant un parallèle avec ça. Sa situation ne lui convient plus, elle la traîne presque comme un boulet et sait qu'il va falloir rompre ses chaînes, même si certaines choses de son passé la retiennent encore. Elle semble un peu perdue, ne pas savoir ce qu'elle veut, ni avec quel genre de personne. Dire que je pensais être le champion de la prise de tête, je crois que j'ai trouvé mon maître!

Elle maintient toujours une certaine distance. De très légers contacts mais pas de bisou ni de câlin à l'horizon. Elle m'a dit que j'avais l'air immature, aussi! Ca m'a un peu choqué. Bien calmé, en tout cas. Elle cherchait peut-être à provoquer une réaction, à ce que je me défende. Si c'est le cas, elle utilise le même genre de méthodes que moi et elle me ressemble un peu plus que ce que je ne pensais. Déjà qu'elle est, selon ses dires, "trop franche et directe", rebelle, qu'elle n'aime pas qu'on ne lui fasse pas confiance...

Quand elle est rentrée, on a continué par sms et je lui ai dit que je pouvais le paraître mais que ce n'était pas moi. Elle a dit que c'est ce qu'elle pensait, aussi. Elle a bien volontiers admis qu'on pouvait avoir une conversation sérieuse sur le fond, même si la manière de parler était comique ou si elle était truffée de digressions visant à distraire un instant les esprits. Il y a tellement de moments où il faut être sérieux.. Et qu'est-ce qui est plus précieux qu'un sourire?

Elle est en train de gratter le vernis pour voir qui je suis vraiment. Ça fait plaisir et ça fait un peu peur, en même temps. Cela dit, elle n'a pas eu l'impression de me connaître mieux, de son côté.

En tout cas, on doit se revoir... Encore. 

Un bon écrivain?

Une journée avec un peu plus de distances, aujourd'hui. Je n'ai pas envie de paraître collant. Même si j'aurais voulu que mon GSM vibre plus souvent, je n'ai pas écrit pour écrire, pour ne pas se lasser, épuiser le truc. Elle devait faire son ménage, en plus, après le boulot... Elle m'a fait sourire plusieurs fois, alors que c'est moi qui ai affirmé vouloir être son dealer de sourires. Notamment quand elle m'a dit qu'elle était en congé et que j'aurais ma place dans son programme, comme s'il s'agissait d'une évidence. Elle m'a dit aussi qu'elle pensait avoir cerné une bonne partie de moi, j'ai répondu que je pensais avoir discerné ses bords. Je lui ai dit que c'était une ex rebelle qui avait appris la diplomatie (jusqu'à la manipulation?), éprise de liberté, avec un caractère bien trempé, qui se pose beaucoup de questions, considère que rien n'est définitif, acquis.. Qui travaille sur elle-même et sa vision des autres. Un peu perdue en ce moment. Des envies qui varient au gré des vents mais qui sait ce qu'elle veut au fond. Politiquement presque correcte, en tout cas en public.. Entière, attachante, drôle, ironique, posée, réfléchie, sarcastique, exigeante et tolérante parfois.. Et que quand elle disait les mots magiques qui semblaient lui faire si peur, ça devait avoir plus de valeur qu'une promesse. Elle a apprécié l'analyse, apparemment: elle ne se serait pas mieux décrite.

Quand, à mon tour, je lui ai demandé ce qu'elle pensait avoir cerné, elle a commencé par me dire que, pour être claire, nette et précise, je ferai un bon écrivain. Ensuite, elle a utilisé les mots instinctif, intéressé, intéressant, fougueux, avec une grande capacité d'adaptation, qui comprend vite même s'il faut lui expliquer longtemps.. Et "fou", aussi. J'ai tiqué sur le "bon écrivain". Selon nos métaphores et nos jeux de rôles, c'est comme si elle me disait que ça allait le faire entre nous, que j'avais le potentiel pour... Répondre à ses attentes, en gros. J'ai voulu confirmer, mais elle m'a dit d'avoir confiance, que ça ne servait à rien de creuser quand c'était clair. En même temps, demander à la lionne de me céder un bout de terrain en me disant clairement que je lui plais, il faut vraiment être fou. Il faut déjà savoir apprécier qu'elle le dise métaphoriquement. Je n'ose pas y croire..

Un peu de distance

On ne s'est pas vus hier, on ne se verra pas aujourd'hui. Et on n'est pas prêts de se voir: je vois Cindy demain, elle va au resto entre copines après-demain, je vais au stade jeudi et elle part à la mer avec des amies pour quatre jours, vendredi. Pourtant, c'est son anniversaire aujourd'hui. Mais je suis vraiment gêné, j'ai pas un balle. Je ne la sentais pas très bien dans sa peau: apparemment, elle a eu une longue conversation hier avec son "colocataire". Selon ce qu'elle me disait et d'après ce qu'il lui a dit, il ne devrait pas tarder à s'en aller. J'espère que ça lui a fait du bien de m'en parler.

On aurait pu se voir aujourd'hui mais... Elle n'allait tout de même pas m'inviter au resto le jour de son anniversaire! Je lui ai dit que ça me gênait de ne pas avoir un rond alors que j'habitais chez mon père, elle m'a répondu qu'on avait chacun nos défauts, qu'elle n'avait pas que de bons côtés non plus. J'ai peur de perdre encore des points, j'ai l'impression de ne faire que ça. Et pourtant, elle voudrait pouvoir lire dans ma tête pour savoir ce que je pense. Elle m'a dit au téléphone, tout-à-l'heure, qu'elle me laissait la porte entr'ouverte, malgré sa situation. À moitié endormi, je lui ai proposé de venir me faire un câlin. Encore une action suicidaire, ma spécialité. Elle a gentiment décliné ma proposition, même si elle semblait en saluer l'audace.

Je suis un peu en manque de tendresse. Il faut dire que je suis relativement exigeant, ce qui fait que ma dernière relation sérieuse date de plus de six mois. C'est la première qui, depuis lors, me semble avoir le potentiel. Quelqu'un avec qui j'aurais certainement toujours un sujet de conversation. Une personne intéressante en plus d'être jolie. Pas conne, qui a des projets sains qui me conviennent. Je pense beaucoup à elle mais je ne veux pas le faire pour combler un vide. Je ne veux pas remplacer une addiction par une autre. Elle prend son temps et ce n'est pas plus mal. Je suis relativement disponible mais j'essaie de ne pas être envahissant.

Au revoir

Rien ne se passe jamais comme prévu. On aurait pu se voir hier puisque, finalement, Cindy avait reporté notre rendez-vous, mais ça ne s'est pas fait. Elle réfléchit vraiment beaucoup, elle se demandait si ce serait faire "le bon choix". Je le répète mais moi qui pensais être le roi de la prise de tête, j'ai vraiment trouvé mon maître. Par contre, aujourd'hui, on n'était pas censés se voir. Je me disais qu'on s'était vus deux jours d'affilée puis qu'on resterait au moins dix jours sans se voir. Je commençais à me dire aussi que je ne devais vraiment pas m'emballer, que sa situation était délicate et qu'il fallait s'adapter car il lui faudrait sûrement du temps. J'avais envie de me détacher, un peu. Il faut dire que je suis assez sensible et émotif, en plus d'être fougueux et passionné, même si ça ne se voit pas au premier regard, bien caché derrière une grosse dose de contrôle de soi et un maximum de dérision. Surtout qu'elle n'est pas très démonstrative, même pour avoir un "bisou" au téléphone ou par sms, c'est pas gagné! J'ai toujours envie d'y croire mais mon petit coeur m'a déjà joué des tours.

En fait, elle était près de chez moi dans l'après-midi et comme son resto entre copines était aussi reporté à la semaine suivante, elle restait dans le coin. Je lui ai donc suggéré de faire un détour avant de rentrer chez elle... "sauf si ce n'est pas le bon choix". Apparemment, ça l'a fait sourire, elle a dit qu'elle essayerait de ne pas trop y penser. Et elle est venue, après m'avoir gentiment demandé si elle pouvait passer. Elle ne voulait pas s'imposer et a demandé si je préférais sortir mais je l'ai fait entrer. Elle a même dit bonjour à mon père! Ca avait l'air de la stresser un peu, peut-être que ça faisait genre "je suis officiellement là". J'avoue que je n'ai même pas réfléchi et pour tout dire ça ne me tracasse toujours pas.

On a juste regardé un peu la télé.. Enfin, je ne saurais franchement pas dire ce qu'on a regardé car je ne pense pas que la conversation ait laissé beaucoup d'espace aux silences. On était assis dans un fauteuil, c'était la première fois qu'on était si proches. Quelques contacts, ma main sur son genou. On a bu un verre de vin, elle s'est un peu détendue même si je ne la sentais pas complètement à l'aise. Elle sent bon. J'avais envie de l'embrasser, encore. Elle n'est pas restée très longtemps mais j'étais quand même content de l'avoir vue avant qu'elle ne parte à la mer. Elle y va avec sa maman, finalement.

Et elle aura peut-être quelque chose a lui raconter, même si je doute fort qu'elle lui en parle.

Au moment de se dire au revoir, elle a incliné fortement sa tête sur le côté, comme à son habitude, comme pour fermer la porte.. J'ai souri et j'ai passé mes doigts sur son menton, tout en m'approchant. Elle a tourné la tête et nos lèvres se sont rencontrées, naturellement. Je l'ai embrassée, elle m'a rendu mon baiser. Je l'ai serrée contre moi et je l'ai embrassée une dernière fois, avant qu'elle ne parte. C'était très doux et agréable. Je sentais un peu de retenue, chez elle. Elle a glissé un "Pas trop vite" et mes mains se sont contenues du mieux qu'elles ont pu. J'ai eu beaucoup de mal à les empêcher de passer dans sa nuque, son dos, de s'autoriser un bref passage sur les fesses et de frôler sa poitrine. Très sage pour un feu si bouillonnant. Ca n'a peut-être duré qu'une minute mais c'était la meilleure que j'aie passé depuis bien longtemps.

Je pense que je peux avoir un minimum confiance en moi. Elle connaît mes plus gros défauts, elle a vu mon bordel de ses yeux, elle est dans une situation un peu bizarre et... On s'est quand même embrassés. Avec un peu de patience et de persévérance, en me montrant sous de meilleurs jours sans cesser d'être moi-même, ça pourrait vraiment le faire. Qui sait? Une chose est sûre, moi qui ne suis pas doué de patience, je vais devoir en stocker! Il ne faut rien forcer... Juste laisser venir ce qui vient. Sans oublier de laisser aller ce qui s'en va, évidemment.

Elle m'a envoyé un sms pour me remercier pour le verre de vin et me dire que son chien avait été sage, "lui aussi". Penser qu'elle allait émettre un commentaire sur ce qui s'était passé, c'était peu plausible, en même temps. Je commence à connaître l'animal! Elle ne lâche pas souvent prise, en paroles en tout cas. Elle a besoin de digérer les actes. Elle pèse chaque mot. Ce qui donne probablement de la valeur aux choses positives qu'elle prononce... Quand je pense qu'elle a dit que je ferai (au futur, pas au conditionnel.. J'insiste!) un bon écrivain, ça me fait sourire, irrésistiblement.