Bienvenue chez nous

On n'avait pas de programme spécifique, elle préfère voir un peu au jour le jour et ça ne me dérange pas. Ça nous réussit plutôt bien jusque maintenant! On a parlé de partir quelques jours, d'aller à la piscine à Givet, elle travaille un peu lundi... Il y a plein de possibilités, le seul souci c'est que les prévisions météo sont très moyennes.

J'aurais pu sortir samedi soir après qu'elle soit partie mais je n'en avais pas envie, même si je n'avais pas envie de dormir non plus. J'avais des amis qui y étaient et qui me demandaient de venir les rejoindre mais j'ai tenu bon et je ne le regrette pas. Ce dimanche, ils sont tous allés faire la descente de la Lesse avant de manger un barbecue et de sortir, encore. Choko et Fanny me proposaient d'aller promener, ils étaient rentrés de vacances la veille et étaient sortis aussi, mais j'attendais de savoir ce que ma petite lionne comptait faire.

Elle faisait de la sauce italienne et me demandait si je serais tenté de goûter. Quelle question! Je n'avais pas encore eu l'occasion de tester la qualité de sa cuisine. On s'était donc donné rendez vous un peu plus tard pour aller promener près des ruines d'une ancienne abbaye avant de manger ensemble. Ça me laissait juste le temps de faire un peu de sport (parce que ça faisait un petit moment et que je ne veux pas reprendre de poids ni me ramollir, je suis sur une bonne voie, je ne veux pas me relâcher... Surtout qu'elle est toute mince à côté de moi!), de prendre ma douche et de manger un petit bout avant de partir pour la rejoindre. C'est si simple, si facile, si agréable. Ça coule tout seul...

J'ai oublié de la prévenir quand j'arrivais à proximité, j'ai dû l'attendre un peu. Je déteste attendre, mais bon c'était de ma faute. Et puis, en fait, ça ne m'a pas dérangé du tout. J'en ai profité pour prendre de l'argent à la banque, faire un tour sur Facebook, il y avait un rayon de soleil, ce n'était pas désagréable. Je dois être bien dans ma peau. J'ai presqu'été surpris de la voir arriver! Elle fait apparaître un sourire encore plus large sur mon visage.

Nous sommes partis en direction de l'abbaye, je ne connaissais pas la route mais elle savait comment y aller. Puis, de travaux en déviations, on s'est perdus! Je n'avais aucune idée d'où on était, on a fait des tours et des détours et puis, finalement, quand on s'est rendus compte qu'on était partis dans la direction opposée, on a changé d'avis et on est allés aux barrages de l'Eau d'Heure. Ça la faisait beaucoup rire, ce trajet et ces changements d'avis et bizarrement, j'ai rigolé aussi. D'habitude, je n'aime pas me perdre en voiture mais.. Je ne sais pas. C'est comme si les situations les plus énervantes s'en trouvaient toutes relativisées, quand elle est là, à côté de moi. On partage, on échange, on se raconte des choses.

J'avais un plaid dans le coffre, on a marché un peu pour trouver un coin relativement tranquille et  ensoleillé, au bord de l'eau. On finit par tomber sur ce que l'on cherchait, il y avait juste un petit couple sur un banc à quelques mètres, des pêcheurs juste derrière un buisson... parfait! Mais au bout de quelques minutes, je me rends compte que le couple sur le banc sont des personnes de qui on avait parlé dans la voiture! Trop drôle. On va leur dire bonjour, on échange quelques mots et puis on est retournés s'allonger. J'adore ses caresses, ses doigts qui se glissent sous mon t-shirt, cette manière qu'elle a de se blottir contre moi, dans mes bras. Le bonheur est probablement dans la simplicité, j'aurais voulu arrêter le temps. J'ai d'ailleurs voulu immortaliser cet instant mais elle n'est pas très branchée par les photos. J'ai tout de même pris un petit souvenir mais je n'ai rien publié. Ça pourrait sembler un peu frustrant, même eu égard à la situation. D'un autre côté, les gens qu'on a croisés ne se gêneront certainement pas pour aller dire qu'ils nous ont vu ensemble et ça, elle s'en fout. On ne s'est pas gênés pour s'embrasser, il faut dire. Elle a même parlé de moi à certains de ses amis qui me connaissent un peu. Alors pourquoi chercher les complications et les ennuis là où il n'y en a pas? Pour vivre heureux, vivons cachés. Sans aller jusqu'à l'extrême, un peu de discrétion ne fait surement pas de tort.

Sur le chemin du retour, j'ai compris qu'en fait, elle voulait que j'aille manger chez elle quand j'ai évoqué l'éventualité d'aller troquer mon short pour un pantalon et qu'elle m'a dit qu'elle avait un plaid à  la maison. Je m'étais bien dit que c'était une possibilité mais je n'en étais pas sûr et je ne voulais pas lui mettre de pression pour aller chez elle et entrer sur son territoire: une erreur que j'avais déjà commise et que j'ai failli répéter. Comme quoi, laisser faire les choses naturellement et sans forcer a du bon. Elle s'est sans doute sentie un peu plus libérée de ses engagements avec son passé et elle a pris cette initiative toute seule. Ça fait partie des choses que j'aime chez elle. Comme quand elle est venue me voir pour la première fois. Comme quand elle m'a rapporté cet aimant de la mer.

Elle m'a présenté Kenzo, elle m'a fait visiter sa maison. Elle m'a dit: "C'est chez nous, maintenant!". J'ai tiqué un instant. Mais je pense bien qu'elle parlait d'elle et du chien. Elle avait fait une petite entrée, on a pris l'apéro. On est montés revoir sa chambre avant de manger, il faisait un peu trop chaud et... Je confirme que ce n'était qu'une question de réglages. Sa sauce était tomatée mais je l'ai vraiment trouvée très bonne, sincèrement, très digeste aussi. Même si elle m'a couillonné en mettant du céleri dans sa sauce en sachant pertinemment que je n'aime pas ça. Mélangé au reste, on ne le sentait pas, honnêtement. Ça a eu l'air de lui faire plaisir même si elle redoutait que ce soit simplement le but que je souhaitais atteindre. Elle ne me connaît pas encore, elle ne sait pas que je ne dis jamais des choses juste pour faire plaisir. J'ai aussi bien voulu goûter son vin rouge, elle a pensé que je me forçais. Je serais vraiment un très bon acteur et manipulateur si j'ai carrément repris un deuxième verre! Elle analyse beaucoup aussi, elle voit les efforts, si minimes soient-ils... C'est vrai que j'ai déjà prouvé que je pouvais en faire énormément, dans d'autres histoires sans queue ni tête. Mais je lui ai expliqué que je pouvais être curieux, qu'on pouvait m'inciter à faire des choses mais jamais m'y obliger quand je n'en avais pas envie. Par exemple, quand je n'ai pas envie de boire, le monde entier peut bien se liguer contre moi pour me forcer, me faire la tête, me menacer de me laisser rentrer à pied, je ne faiblis pas. Ca produit même l'effet inverse. Le seul qui peut avoir une influence réelle pour le faire changer de avis, c'est moi-même. Je pense qu'elle est un peu comme moi, de ce côté-là. Des caractères assez forts. J'ai l'impression qu'on se complète sur certains aspects et qu'on se ressemble assez pour se comprendre sur d'autres. Je pense vraiment de plus en plus que ça peut donner quelque chose de bien, entre nous. Avec un peu d'expérience et en ne voulant plus reproduire certaines erreurs du passé. Je suis vraiment bien avec elle, le temps passe de plus en plus vite. Pourtant, ça ne fait même pas trois semaines!

Elle me parle souvent de son père, qu'elle a malheureusement perdu. Il était un peu comme son phare, son pilier, son exemple peut-être. Plus elle m'en parle et moins je peux m'empêcher de faire un parallèle avec ma petite mamy. Le symbole de la gentillesse et de la bienveillance à mes yeux. Celle qui savait tout de moi et de mes histoires. Celle qui sentait quand je n'allais pas bien et ce qu'il fallait faire ou dire. Depuis, je me suis un peu rapproché de mes parents, comme elle se rapproche un peu de sa mère maintenant, je crois. Mais ce ne sera jamais la même chose... Sans vouloir comparer, je voulais lui expliquer un petit peu, juste pour lui dire que je la comprenais. Mais je n'ai pas pu retenir quelques larmes et alors elle a eu ce geste. Elle s'est levée et m'a simplement pris dans ses bras en déposant un baiser sur mon front. Ca m'a beaucoup touché. Elle me donne exactement ce dont j'ai besoin. Notre relation n'est peut-être pas parfaite dans tous ses détails, j'aurais peut-être envie de plus de mots, parfois, même si elle m'en donne, déjà. J'avoue que je ne vois pas grand chose d'autre à redire, par ailleurs. Et encore... Elle me convient parfaitement pour le moment, j'ai juste envie de savourer chaque instant. Elle dit que je n'en ai jamais assez mais, comme je lui ai répondu, il y a une différence entre "assez" et "suffisant". On peut toujours faire mieux, plus "parfait", même si parfois le "mieux" est l'ennemi du "bien". Il faut avoir un peu d'ambition. Mais si la recherche d'amélioration est une bonne chose, le désir de perfection en est une terriblement mauvaise. J'ai toujours dit que je ne savais pas me contenter de quelque chose d'insatisfaisant. Et c'est sans doute la différence entre "assez" et "suffisant". Ce n'est peut-être pas "parfait", ce ne sera jamais "trop", mais c'est amplement suffisant et satisfaisant. Si, en outre, on tient compte des faits de la situation de départ et et de la relative jeunesse de notre relation, c'est carrément inespéré.

J'ai passé la nuit avec elle. On se regardait dans les yeux en faisant l'amour et je lui ai dit que j'étais dégouté de ne pas me rappeler lui avoir dit les trois mots magiques mais qu'après tout, cela avait peut-être plus de valeur quand c'était à jeun. Elle a mis la main sur ses yeux, avec un petit rire nerveux et je lui ai alors dit: "Tu as raison, ne me regarde pas quand je te dis que je t'aime...". Ce moment-là, je jure de m'en rappeler. Je suis sous son charme. Je crois que je suis amoureux, vraiment. Je le pense et je l'avais déjà dit. Autant confirmer les choses...