Elle m'a dit que ses peurs s'étaient envolées avec ses doutes. Je craignais qu'elle me prenne pour un fou, que ça la fasse fuir. Elle avait surtout peur de tomber amoureuse de moi, en fait. Et même si je ne pense pas que ce soit déjà le cas, ce n'est déjà pas si mal qu'elle n'en ait plus peur, au moins.
On ne s'est pas vus pendant deux jours et il faut dire qu'elle n'est pas très portée sur la communication à distance. Elle m'écrit régulièrement mais elle est brève et directe quand je développe un peu plus et que j'y glisse un peu de tendresse. Et comme un con, il a fallu que je lui en parle! Elle m'a répondu qu'on ne pouvait pas demander à l'autre d'être comme soi, que ce n'était pas son truc. Mais qu'à côté de ça, elle pensait que ses gestes exprimaient assez de choses et... C'est vrai. C'est incroyable comme elle arrive parfois à trouver les mots justes. J'ai réalisé que c'était moi qui avais besoin d'être rassuré et elle l'a ressenti, aussi. On en a parlé un peu. Je crois que je commence à tenir un peu à elle et que j'ai probablement un peu peur de tomber amoureux, aussi. C'est certainement le lot de ceux qui se sont déjà fait avoir, qui ont déjà tout donné et qui ont été déçus. C'est sûrement pour ça que je peux si bien la comprendre et la rassurer. C'est pénible d'être "comme ça". On se place en infériorité, sur la défensive et ce n'est vraiment pas très confortable. Sans compter que je crois que le pouvoir d'attraction tient en partie dans la confiance en soi. Mais elle m'a pris la main et a été très gentille et rassurante, malgré le fait que, dans sa tête, ce sont les hommes qui sont censés rassurer les femmes. Elle a bien vite ajouté que je ne le faisais pas trop mal.
Je ne voulais pas gâcher la soirée mais j'avais peut-être besoin d'entendre ça. Il faut dire que, comme à chaque fois, j'ai passé un meilleur moment que les précédents et je l'ai trouvée encore plus jolie. J'avais décidé de lui faire à manger, sans doute parce que je trouve qu'il y a quelque chose d'érotique dans le fait de cuisiner, c'est en tout cas une manière de séduire et il faut croire que j'avais envie de marquer des points. Elle m'avait demandé le thème de la soirée: "Un brin de romantisme (mais juste un brin)". Il y a eu plein de petits détails qui m'ont fait sourire. Elle est assez câline, en fait... A un moment, elle était derrière moi, elle me faisait des bisous dans la nuque, passait ses mains sur moi pour finir par les glisser dans mes poches. C'est si simple, ça peut paraître si ridicule. Mais c'est aussi le symbole d'une complicité qui s'installe et d'une tendresse qui commence à déborder un petit peu. Je suis resté figé à savourer chaque seconde.
Je crois qu'on est plus ou moins sur la même longueur d'ondes, avec nos différences au niveau de la manière d'être et de notre situation, peut-être mais... Je ne sais pas, c'est difficile à expliquer. Elle mettait des chansons en italien et on chantait comme des débiles, on a dansé un slow dans la cuisine entre les chaises et le radiateur, je lui ai "appris" à faire des beignets de courgette (mon arme fatale, le seul truc un peu original que je sais faire), on a allumé des bougies... J'avais modifié ma recette en ajoutant du parmesan à la pâte. J'avais hésité à ajouter du curry mais apparemment, on a les mêmes goûts en matière d'épices et ce n'était pas mauvais du tout! Elle a trouvé ça bon aussi même si c'était tellement gras que c'est le genre de plat qu'il ne faut manger qu'une fois par an, selon elle. En même temps, j'en fais très rarement. Mais on n'est pas restés très concentrés sur le repas, on a même sauté le dessert. Le nombre de caresses, de bisous, de câlins, de regards... Elle n'avait pas envie de partir et je n'avais pas envie qu'elle s'en aille mais elle doit bien s'occuper de son chien. C'est tout de même un bon signe. Un autre bon signe: à un moment, elle était juste dans les bras, on fumait une cigarette, sans rien dire. Et on se sentait bien. C'est un fait connu: quand deux personnes peuvent rester une minute sans rien dire et sans éprouver de gêne, c'est qu'elles sont parfaitement à l'aise.
Je crois que je suis en train de tomber amoureux, pour du vrai. Il doit commencer à y avoir des étoiles dans mes yeux, quand je la regarde. J'ai l'impression qu'il y en a parfois dans les siens aussi. On se fait de l'effet, réciproquement. J'ai parfois la sensation, quand elle me prend le visage à deux mains et qu'elle regarde ma bouche, les yeux mi-clos, les lèvres entrouvertes, un peu haletante, avant de m'embrasser, que son regard se demande 'Mais comment tu me fais ça?". Et ça me rend fou. Elle a même lâché "Comment ça se fait que tu me touches autant et que ça ne me dérange pas?". Elle pense des choses qu'elle ne dit pas. Si fort que j'ai parfois l'impression de les entendre mais la télépathie n'est pas encore tout-à-fait au point. Je ne sais pas bien comment le dire mais... Notre compatibilité buccale est maximale. J'ai rarement connu quelqu'un avec qui ça collait autant. Sa petite langue qui déborde, sa petite lèvre que j'ai envie de mordre... Grr! Et je ne peux pas m'empêcher de passer mes mains sur sa peau, de la déshabiller... Sauf que, ce qu'il y a de "drôle", c'est qu'on ne peut rien faire pendant quelques jours, si vous voyez ce que je veux dire. On peut juste jouer à se donner envie et c'est assez cruel car ça fonctionne assez bien. Je dois être un peu sado-maso, dans le fond. D'un autre côté, ça a un effet assez excitant sur moi. Ça permet de profiter de chaque étape. Et puis elle n'a pas manqué de faire remarquer que "je n'étais pas pressé".
Oui, je lui ai fait lire les premières pages de "la suite". J'ai craqué en me disant que de toutes manières, je ne trouverais jamais l'histoire assez bien écrite à mon goût, donc... J'étais un peu stressé. Au point que j'ai même fumé en attendant qu'elle ait fini de lire... Mais je n'ai plus envie de faire ça. Ça ne lui plait pas et ça doit suffire à ma motivation pour arrêter ça ou en tout cas diminuer fortement. C'était quand même une situation bizarre: imaginez que vous faites lire votre journal intime, qui parle de votre nouvelle relation avec quelqu'un à cette personne. C'est un peu comme livrer son âme! C'est prendre un risque. Elle a ri quelques fois en le lisant, ce qui était assez rassurant. Mais elle prenait quelques fois un air sérieux qui me rendait plus interrogatif! J'imagine que j'aurai un retour d'expérience quand elle aura digéré cette lecture.
Elle a déjà noté certaines choses, néanmoins. Elle s'en est bien imprégnée, je crois. Car quand je lui ai murmuré que je la trouvais étrangement plus jolie à chaque fois, sous entendant par là que je devais tomber tout doucement amoureux, cette évolution étant symptomatique de cette... Maladie, elle m'a demandé "Même si je suis blonde?". Ça m'a fait sourire. Mine de rien, ça a dû apporter un peu plus de confiance, de complicité et lui donner l'occasion de mieux me connaître et de se rapprocher.
Ce qu'elle ne sait peut-être pas encore, c'est que je la préfère en blonde. Et qu'un jour où je suis allé voir une "sorcière", un peu kinésiologue, un peu psychologue, un peu médium, dans une période où j'étais loin d'être au sommet de ma forme, elle m'a fait une révélation surprenante. Elle est arrivée à percevoir un tas de choses réelles sans que je lui dise, ce qui m'a assez impressionné. Ce qui aurait pu donner du crédit à sa "vision" mais j'en ai toujours douté, jusque-là. Selon elle, j'allais tomber amoureux d'une blonde qui sera la maman de mon premier enfant, un petit garçon un peu turbulent mais très attachant. Cette "séance" avait été assez perturbante, pour moi. J'ai pleuré toutes les larmes de mon corps car elle a mis le doigt sur des choses enfouies depuis longtemps, mais quand elle m'a dit ça, j'ai éclaté de rire et répondu que je n'avais pas de style précis mais que j'étais plutôt porté sur les brunes, d'habitude.
Et si c'était vrai? Et si c'était elle? Ce serait tellement parfait à mes yeux. Je crois qu'on peut s'apporter des choses, se faire évoluer l'un l'autre, avoir une grande complicité physique et intellectuelle et il y a sans doute moyen d'écrire une belle histoire. Pourquoi j'ai si peu confiance en moi? Alors qu'elle m'a quand même dit que je ferai un bon écrivain. Pourquoi j'ai peur de tout gâcher, pourquoi je me mets la pression? Alors que tout se passe bien. Je crois que la vérité c'est que je tiens déjà à elle, que mon instinct me hurle que c'est peut-être la bonne. Et que comme jusqu'à présent, cela ne s'est jamais bien terminé puisque ça s'est toujours terminé... Et comme c'est ce genre d'histoire que j'ai envie d'écrire... Le genre de vie dont je rêve... Il ne faut pas que j'en fasse trop, surtout si je lui plais naturellement. Surtout que ça ne sert à rien de se montrer tel qu'on n'est pas, sous un jour trop lumineux. Ce n'est pas du tout le cas, c'est même plutôt le contraire. Et puis, elle m'a dit de ne pas changer, juste après avoir souligné que je n'avais jamais assez de bisous. Comme si aucun de nous deux ne voulait changer l'autre, peut-être juste avoir une bonne influence sur certains aspects, quand on peut apporter quelque chose. C'est assez sain et adulte. J'aime ce qu'il y a entre nous et je sourirai de le voir évoluer mais je ne veux pas précipiter les choses, je ne veux rien compromettre. J'ai déjà hâte de la revoir...