Un peu de place

Hier, je suis encore resté chez elle pour réceptionner des meubles! On lui donnait une chambre à coucher mais il fallait que je guide les déménageurs et que je leur donne un coup de main, tant qu'à faire. Ca m'a donné l'occasion de me dépenser un peu, je n'allais pas manquer de la saisir, je grossis un peu ces derniers temps. Je me fais plaisir côté nourriture et je délaisse le sport. Ça a été relativement vite, j'ai mangé les restes de la veille, j'ai traîné un peu pour que le chien qui ne m'en a finalement pas voulu très longtemps et puis je suis parti faire les courses avant d'aller voir ma filleule qui est en vacances chez ma mère. On était allés souper là deux jours avant et Elise avait été super mignonne. J'apprécie beaucoup quand elle me fait sentir que notre relation est spéciale, meme si on ne se voit pas très souvent et j'ai été particulièrement servi ce jour-là. Elle est adorable avec mon amoureuse aussi, même quand elle n'est pas avec moi... elle pose des questions pour savoir où elle est, si elle travaille au bureau comme maman, si elle mange avec nous. C'est très touchant. C'est la,premiere fois qu'une de mes amoureuses à ce "privilège" de faire connaissance avec mademoiselle Elise et ça fait bizarre de voir comment elle s'attache vite, dans un sens. C'est difficile à expliquer, ça fait plaisir et un peu peur en même temps. Je me rends compte que, dans une certaine mesure, nous sommes "engagés". Je connais sa famille et elle connaît la mienne, du moins pour le principal. On asûrement  toujours un peu peur de se tromper... Et en même temps, j'ai vraiment l'impression que c'est elle. Ça s'emboîte trop bien, nos deux vies, audela de nos deux personnalités ou de nos deux corps. On a encore franchi un petit pas aujourd'hui car une fois les meubles montés, elle m'a fait un peu de place pour entreposer plus proprement mes fringues qui commençaient à envahir la surface, entassées dans plusieurs sacs. Et puis elle me l'a dit aussi, hier, au resto. Qu'elle savait que c'était moi. C'était juste avant que ça ne parte en sucettes... Mais revenons un peu en arrière. Je finis d'accueillir les déménageurs, je mange un bout, je file faire les courses pour remplir son frigo et embarquer mon appareil à raclette au passage... En lui téléphonant pour savoir si toutes les capsules fonctionnent avec sa machine à café, je sens qu'elle est un peu irritée et je comprends qu'en fait, je n'ai pratiquement pas le temps d'aller jusque chez ma mère. Je me dépêche donc et j'écourte ma visite. En repartant, je lui téléphone à nouveau, histoire de jauger de si j'ai le temps de m'arrêter pour prendre des cigarettes mais... Elle semblait encore plus irritée. Elle me reprochait d'avoir laissé la porte ouverte à l'étage ainsi que celle des toilettes. Déjà que j'avais oublié d'éteindre une lampe... Ce sont des détails. Qui l'énervent. Qui font que son chien a imprégné le parquet de l'étage de son urine, aussi. En arrivant, oubliant que j'avais la clef en poche, je sonne à la porte. Une deuxième fois. Je finis par poser la lourde manne de tout ce que j'amenais pour lui téléphoner, pas de réponse. Je me disais que ce n'était pas possible qu'elle ait fermé la porte et décide de prendre sa douche, sachant que j'arrivais... Et je la vois m'ouvrir la porte, vêtue d'une serviette. Devant mon regard interloqué, elle me demande si j'ai déjà perdu la clef et je réalise à ce moment précis que je suis pire que distrait et que je ne suis pas habitué de pouvoir franchir sa porte même quand elle est fermée... Je range un maximum pendant qu'elle s'habille, on avait décidé d'aller manger dehors. Elle me fait remarquer que je ne me suis pas changé et qu'on n'est pas vraiment assortis. Elle me demande si je veux qu'elle mette un polar et qu'on aille manger une vieille frite mais je monte enfiler une chemise. La soirée se passait malgré tout très bien... Jusqu'à ce qu'elle me dise, au fil de la conversation, jusque-là très agréable, tout comme la nourriture, qu'elle avait hâte de partir pour aller retrouver son père. Je me suis renfrogné, elle a insisté. Je me suis levé et je suis sorti, on avait quand même fini de manger. Je n'avais pas envie de m'énerver devant tout le monde et je n'avais peut-être pas encore les mots pour l'exprimer. J'ai allumé une cigarette et j'ai attendu qu'elle prenne congé de la patronne qui fait partie de ses connaissances. Et on s'est encore disputés... Parce qu'elle pensait que je la jugeais. Mais je crois que quand on envisage de construire sa vie avec quelqu'un et qu'on tient à cette personne, on ne peut pas l'écouter dire ce genre de choses sans broncher. Le ton monte facilement entre nous si bien qu'à peine arrivés chez elle, elle voulait partir. Je lui ai rendu sa clef avant de revenir sur les pas et d'essayer de calmer la situation. Je finis par lui dire que si je rentre chez moi, j'aimerais reprendre la tablette... Elle se gare et c'est le moment qu'un voisin choisi pour sortir de chez lui me demander de faire moins de bruit, ce qui est compréhensible, s'il a un enfant qui dort. Par contre, son commentaire sur le fait que si on me dit de rentrer chez moi, c'est tout ce que j'ai à faire, il pouvait se le garder. Son côté petit shérif ne m'a pas plu. Surtout quand on voit les autres voisins qu elle a qui hurlent et se tapent dessus à toutes les heures... Je me suis demandé si ce n'était pas le pote de son ex et j'ai vu rouge mais je lui ai répondu calmement. On est rentrés pour parler un peu mais le calme ne revenait pas et on est partis tous les deux. J'ai demandé à Jérôme ce qu'il faisait, elle est allée voir chez Hélène mais... Finalement, on s'est retrouvés tous les deux chez moi, à discuter. On a mis un peu toutes ces choses à plat, on a beaucoup discuté et on a fini par rentrer dormir chez elle. Il y a eu des larmes et des câlins. J'ai peut-être été un peu plus ferme sur certaines choses. Je lui ai dit qu'elle me parlait moins bien depuis quelques jours, avec la petite dispute du mardi, il y avait aussi un soir où elle était de mauvaise humeur et puis comme je suis distrait, il y a toujours quelque chose à me reprocher... Et je n'ai pas envie de laisser ça dégénérer car c'est important aussi. J'ai dit aussi que je ne savais pas ce qu'il y avait après la vie mais que je voulais quelqu'un qui ait envie de construire quelque chose sur terre et pas qui refuse d'accepter la réalité ou qui a envie de mourir. Parce que c'est la seule chose qu'on puisse faire, profiter du moment présent, de nos années sur terre. Parce que peut-être que le sens de la vie, c'était justement de transmettre les bonnes choses qu'on avait apprises, en adaptant ça à notre manière, aux gens qui nous entourent. Et encore plus donner ces valeurs à un enfant. Parce que quand elle le tiendra dans ses bras, elle saura ce que c'est un amour plus inconditionnel que tous les autres, c'est encore autre chose. Je ne l'ai pas vécu mais j'ai ma filleule, comme elle a son neveu. Je lui ai expliqué que ma belle-sœur était enceinte au moment où ma grand-mère était décédée et que là, on avait été face à un choix. Soit pleurer pour ce qui n'était plus, soit sourire pour ce qui avait été et pour ce qui allait arriver. Transmettre certaines valeurs à ce petit machin et ainsi célébrer la vie tout en honorant dignement la mémoire de nos disparus. Je ne suis pas sûr que ce soit la seule chose à faire mais pour ma part je trouve que c'est la meilleure manière d'accepter parfois l'inacceptable et le manque. Sans prétention, sans croire que je suis parfait, à ma petite échelle, c'est ce que j'essaie de faire. Donner des sourires. Apaiser les âmes. Je ne crois pas qu'on puisse être heureux en prononçant de telles paroles et encore moins quand on le pense, même juste parfois... C'est bien de ne pas avoir peur de la mort et c'est vrai que c'est une idée rassurante, à ce niveau, de se dire qu'on va peut-être retrouver certaines personnes. Même si je ne crois pas qu'il faille attendre ce moment-là pour se sentir en communion. Il y aura peut-être d'autres personnes qu'on ne voudra pas abandonner, d'ici là. Reproduire les actes, les gestes, certaines paroles, c'est une autre façon de le faire. Pour qu'une mauvaise chose devienne bonne, il faut en tirer les leçons. Je refuse de la voir malheureuse sans rien faire. Tant pis si ça dégénère. Quand elle a besoin d'espace, je lui donne. Mais quand j'ai l'impression que ça ne va pas, il faut que je réagisse... Elle pense que personne ne peut la comprendre mais j'ai pourtant déjà ressenti ça. Et parfois j'aimerais tellement pouvoir parler à une personne qui n'est plus là, quand je me sens perdu. Et deux ans, c'est court et c'est très long, en même temps. J'aimerais tellement qu'elle apprenne à vivre avec. A vivre "bien", avec ça. Ce n'est pas la même chose qu'oublier. On n'est pas pour autant obligé d'être triste. Elle va sûrement mieux que ce que ça dû être et elle a sans doute encore besoin d'un peu de temps. C'est dur, parfois, de se demander si elle se sent bien. D'entendre certains mots. D'en prononcer d'autres, sans savoir la réaction qu'ils vont engendrer. De la voir pleurer, qu'elle m'en veuille, qu'elle ait l'impression que je la juge. Mais je ne suis jamais loin. Et je serai toujours là.
On peut s'arrêter, de temps en temps, pour penser, se remémorer. Mais au final, tout ce qu'on peut faire, c'est agir aujourd'hui en gardant un œil sur l'horizon, sur le futur, tout en gardant à l'esprit les leçons que le passé nous a apprises. On regardera en arrière quand on sera vieux et qu'on aura fait plein de choses... Vivons, comme on le fait si bien, même si on n'est pas riches. Intensément.
On se disputera encore, comme en montant les meubles, tout à l'heure. Mais je ne veux pas que ce soit scandale sur scandale, à partir en voiture sans savoir où on va, à laisser parler notre impulsivité, à ameuter les voisins ou... À nous faire du mal. Tout simplement.