Solitude retrouvée

Ce soir, je suis dans mon lit. Pour le coup, ça me fait vraiment bizarre. On n'était pas spécialement censés se voir mais, finalement, au fil des sms, on avait même convenu de manger ensemble. Mais les sms ont leur limite et une erreur de logistique nous a conduits à manger séparément, chacun pensant que l'autre s'occupait du repas. Quand je suis arrivé, tout le rez-de-chaussée était plongé dans le noir. Je suis monté et elle était allongée sur son lit, occupée à apprendre l'italien. Mais elle ne sait pas se concentrer quand elle n'est pas seule. J'ai eu immédiatement la sensation que ma présence la contrariait. Elle m'a d'ailleurs dit qu'elle avait besoin d'avoir la paix, de rester seule. Je suis allé prendre une douche pour lui laisser un peu de temps et ça a été un nouveau prétexte pour une querelle de rien du tout mais... Quand même. J'ai réfléchi, dans ma douche. Je ne voulais pas réagir à chaud et dire quelque chose que je regretterais. Elle a peut-être besoin de quelques minutes, ou de la soirée, après tout. On passe tout notre temps collés ensemble. Mais on ne fait que des choses ensemble et les choses qu'on doit faire seuls ne se font pas ou en vitesse, entre le boulot et le moment où on se voit. Je suis rentré deux heures chez moi: j'ai fait tourner une lessive, repassé, fait un minimum de sport, mis le linge à sécher, mange en vitesse et je suis parti. Je n'avais même pas pris une douche. Elle n'a plus le temps de pratiquer l'italien. Je ne dessine plus, je ne fais plus assez de sport. Et surtout, je n'ai pas envie qu'elle se lasse. Je ne veux pas m'imposer ou qu'elle se force à jouer un rôle, à faire bonne figure. Je veux qu'elle ait envie de me voir aussi. Je ne veux pas que revienne sa peur de se sentir coincée par nous deux, enfermée, plus libre en fin de compte. On est un peu entre deux étapes, en fait. On passe tellement de notre temps libre ensemble quon vit pratiquement ensemble la plupart du temps, d'un point de vue pragmatique. Mais on ne vit pas ensemble. On n'est pas organisés pour ça. On n'est pas censés s'ennuyer ensemble ou ne pas se préoccuper de l'autre.
Quand je suis sorti de ma douche, elle était toujours sur le lit et a vraiment coupé son PC avant de me laisser là pour descendre fumer une cigarette. Elle avait besoin d'être seule mais j'étais là. Elle n'est pas bien et ne veut pas "me faire subir". Je ne voulais pas qu'elle se sente oppressée, de mon côté. Je me suis donc habillé, j'ai repris mon sac avant de la rejoindre en bas. Elle a compris que j'avais l'intention de rentrer. Je ne sais pas si elle s'y attendait, si c'était ce qu'elle souhaitait mais peut-être que c'était mieux, même si elle ne voulait pas le dire, pour ne pas me blesser peut-être, ou peut-être qu'elle n'en savait rien elle-même. On n'avait pas envie de se disputer ni d'endommager ce qu'il y a entre nous alors.... Je suis rentré et j'ai dessiné. Je sens que ça pourrait être un truc très joli, qu'elle m'aurait inspiré. Dire qu'à la base, je n'étais pas convaincu par ce dessin... Elle m'a envoyé de la tendresse à distance et maintenant, je suis dans mon lit. J'écris pour bien mettre mes idées en place. Pour ne jamais oublier d'où je viens, par où je suis passé et où j'en suis voire où je veux aller. Pour ne jamais oublier à quel point notre relation m'est précieuse et que ne me dois de la préserver. On a de beaux projets ensemble... Ce blog de cuisine, des cours de salsa tres bientôt, des vacances pour plus tard... On n'est pas obligés de tout faire ensemble. On peut et on doit sûrement encore avoir nos moments de solitude rien qu'à nous. On a tous les deux besoin d'être seuls, parfois, pour faire le point et mieux repartir. Pour s'ennuyer et devoir s'occuper seul. Pour mieux se retrouver et savourer chaque instant passé ensemble. Si ce n'est pas le cas pour nous deux, alors il vaut mieux si éloigner un peu, quelques instants ou plus longtemps. Ce ne sera peut-être plus vrai, un jour, qui sait? Ce qui est drôle, c'est que dans les sms de tout-à-l'heure elle me faisait remarquer que je ne pouvais plus me passer d'elle un seul jour. Elle me disait qu'on était partis pour ne plus se manquer... Mmh. Les mots, parfois. Il faut s'en méfier! C'est comme une piqûre de rappel, ça ne fait pas de tort. Un petit moment qui permet de remettre les points sur les "i". De se remémorer certains faits comme "Rien n'est jamais acquis". Comme "Il ne faut pas se perdre soi-même". J'ai été en quelque sorte forcé de me retrouver un peu, même si c'est moi qui suis parti. Ça ne m'a peut-être pas fait de mal de dessiner un peu ou d'écrire, là. Mais ses câlins vont me manquer cruellement dès que j'éteindrai la lampe, par contre...