Pour que ça ne soit jamais une obligation ni pour elle, ni pour moi et surtout pour ne pas être trop envahissant ou avoir l'air déçu quand on ne se voit pas et que ça la fasse culpabiliser; je m'étais dit que je devrais considérer le fait de dormir ensemble comme une possibilité. C'est-à-dire qu'à priori, on n'est pas supposés se voir, sauf si on en a envie tous les deux, plutôt que de considérer qu'on se voit sauf si l'un des deux a quelque chose à faire. C'est plus sain, plus léger. Et le plus étonnant, c'est que j'ai l'impression que ça a justement tendance à nous amener à nous voir plus souvent. On est sans doute plutôt porter à réclamer nos droits qu'à assumer nos devoirs, dans une certaine mesure. Le propre de l'être humain, probablement.
Concrètement, jeudi, après le minifoot, je lui ai donné un petit coup de fil sur le chemin du retour, je ne m'attendais pas à ce qu'on se voie: d'habitude, quand je joue, je rentre chez moi car c'est trop tard pour elle. Mais j'avais tout de même des sous-vêtements chez elle et je n'étais pas obligé de repasser chez moi. Vendredi, on s'est vus aussi... je voulais faire le joint de silicone directement en rentrant pour ne pas que l'envie me passe et qu'elle me reproche de ne pas tenir mes promesses mais elle a tout d'abord tenu à me faire un câlin. Ensuite, on est allés manger un petit bout avant d'aller au cinéma. Elle n'a pas spécialement apprécié la cuisine qui était toute simple et peut-être pas entièrement faite "maison" et n'a pas du tout aimé le film. On en serait presque venus à ressentir un brin de tension, au bout d'un moment et je lui ai proposé de partir mais elle a préféré s'endormir sur mon épaule, finalement. Si on avait su, on se serait contentés de regarder un film téléchargé, on en a encore tellement à voir. On pensait probablement tous les deux faire plaisir à l'autre.
Samedi, j'allais voir un match au stade, pas très loin de chez elle. De son côté, elle avait prévu d'aller au resto avec une amie. Après le match, je rentrais chez moi quand j'ai reçu un message me disant que je pouvais les rejoindre. C'est encore une fois où on n'aurait pas dû se voir, en principe et puis, finalement... une chose en entraînant une autre, on passe quand même l plus clair de notre temps libre ensemble. Et encore, je pourrais dessiner ou faire un peu plus de sport, je trouverais encore de l'occupation si j'avais plus de temps libre à passer sans elle. Je devrais peut-être même prendre ce temps, d'ailleurs... mais je m'en fous. Je fais ce dont j'ai envie sur le moment. Je me suis donc retrouvé dans une petite brasserie pas loin de chez elle à boire le pousse-café avec ses amis (car finalement, elle avait changé de partenaires gastronomiques) et on aurait même pu finir par aller danser quelque part. Mais non: nous sommes rentrés sagement, on a bu deux derniers verres, ça a fini par chauffer une bonne fois... Et puis, était-ce pour refroidir nos ardeurs? Nous sommes allés promener dans les bois vers 2h30 du matin. Comme si le monde nous appartenait, ou plutôt conscients que nous étions libres de faire ce que l'on voulait. Le lendemain, je suis allé faire quelques courses pendant qu'elle nettoyait, je lui ai donné un coup de main pour faire à manger et puis je l'ai déposée chez sa maman pendant que j'allais me laver, me raser et reprendre des vêtements. Quand je suis venu la rejoindre, elle dormait dans le fauteuil malgré mes sms et mes appels. J'étais rentré dans la maison comme une fleur mais ne la voyant pas, j'étais ressorti pour sonner: je suis tout de même assez à l'aise mais je ne me permets pas tout.
Néanmoins... c'est vraiment "comme si on était un petit couple". Pas qu'on n'en est pas un mais c'est assez récent et c'est parfois si naturel que ça pourrait soulever des questions. De bêtes interrogations, le genre d'angoisses primaires complètement stupides et qui n'ont même pas de sens dans le cas présent... on sait tous les deux qu'on est libres de partir demain, si on le voulait. Mais on tient l'un à l'autre et... j'ai parfois même l'impression d'avoir besoin d'elle. Pas par obligation, pas par nécessité, mais parce que sa présence est un luxe permanent, une douceur, un filtre qui permet d'atténuer, d'aplanir les petites difficultés de la vie. Ce n'est pas obligatoire, mais c'est tellement mieux. Comme le sexe. Soit je connais son corps de mieux en mieux, soit les hormones liées à certaines périodes décuplent encore les effets de mes doigts et le désir. Ce n'est pas de la sauvagerie ou un truc dégoûtant, juste une force à laquelle il est difficile de résister.
Parfois, on a des doutes. Est-ce qu'elle me supportera longtemps? Et inversement? Est-ce que ça nous suffira toujours? Est-ce qu'on peut prononcer de grands mots, surtout quand on tient à refléter l'exacte réalité de ses pensées? C'est humain, aussi. Ca m'était déjà arrivé, en tout cas. Et pas que dans le cadre de passions ou de petites aventures sans lendemain. Mais aussi quand on sent des choses aussi fortes. Ce n'est pas de la folie à ne pas savoir dormir quand je suis loin d'elle, à ne pas pouvoir me concentrer sur mon boulot. Pas quelque chose qui fait souffrir, juste une présence, même de loin. Une pensée qui fait sourire. C'est sûrement ça, l'amour, sans aucun doute. Prendre des risques, parfois s'éloigner mais pour être un peu plus convaincu, à chaque fois. Est-ce qu'on arrête un jour de se poser des questions? Est-ce que c'est lié à ma personne? Est-ce qu'après tout, ce n'est pas ce qui fait que rien n'est jamais acquis? Un sentiment qui nous pousse à entretenir la relation?
C'est comme pour ce qui est du passé. Quelques fois, elle évoque un souvenir, une personne et c'est comme si je me sentais menacé. Comme si je devais avoir toutes les qualités du monde quand les autres n'ont que des défauts. Des gens qui ont sans doute eu leur chance, de qui j'ai peut-être parfois été jaloux, avec qui j'ai déjà été en compétition. Pourtant, je sais que j'ai eu quelques histoires, aussi. Ce n'est pas pour ça que le passé est toujours présent. Il faut simplement le laisser à sa place. Quand elle me demande pourquoi on ne s'est pas connus plus tôt, quand je me demande pourquoi je ne l'ai pas croisée.. Je peux juste me dire que c'est parce que ce n'était pas encore le moment. Sinon comment expliquer ce temps perdu, ces émotions, cette énergie bêtement gaspillées? C'était sans doute un entraînement, des épreuves pour apprendre à savourer le goût du vrai, de l'essentiel.
Parfois, je vois des maisons sur Internet, des plans "clés sur porte" dont on nous fait miroiter la réalisation en 3D et je me prends à rêver. Je rêve de cette maison que j'ai déjà imaginée par bribes. Cette piscine intérieure qui permet aussi de profiter de la douceur de l'air extérieur, cette pièce pleine d'espace et de coussins où l'on pourrait dessiner, regarder un film ou faire des câlins. Il pourrait même y avoir un kicker, un billard ou une de ces vieilles bornes d'arcade... J'imagine une grande cuisine avec un plan de travail central et un bar où on pourrait prendre le petit-déjeuner. Car c'est avec elle que je me vois dans ce petit coin de paradis qui, s'il est toujours très lointain, m'apparaît désormais plus clairement.
On a tellement de choses à vivre et je sais que ça semble fou car... on n'est jamais sûrs de rien et encore moins au bout de deux petits mois de rien du tout. Mais comment expliquer ce sentiment, cette confiance dans l'avenir? Je me sens bien, en mesure d'avancer. Rien ne pourra se mettre en travers de notre route. On aura assez de force et de courage pour tout affronter, avec légèreté et un sourire aux lèvres. C'est ce que je ressens, en tout cas. J'ai l'impression que tout va arriver, que mes rêves qui sont, il est vrai, à tomber de simplicité vont se réaliser. Ça donne une énergie folle...