Vivons

On est mercredi, je ne vais pas travailler aujourd'hui. Je devais prendre une journée et je me disais que, comme elle avait congé, on pourrait peut-être dormir un peu plus longtemps ensemble... Mais cela ne s'est pas passé comme ça! Elle a des rendez-vous cet après-midi, elle doit être à la banque en ce moment et moi, je suis dans mon lit. Ce qui me laisse le temps de penser et d'écrire un petit peu.

J'aurais pu me réveiller dans ses bras, en fait. Tout n'est qu'une question de choix et choisir, c'est renoncer. Il était prévu que je mange avec elle hier soir, j'avais déjà hâté de goûter ses crêpes jambon-fromage-champignons mais mon frère m'a proposé de manger chez lui, un peu en dernière minute. Je n'avais pas envie de me priver d'elle mais les occasions de voir ma filleule ne sont pas si nombreuses et il ne m'est pas souvent arrivé de refuser. Ça me fait toujours du bien de passer un peu de temps avec elle, elle me donne des sourires, m'a en quelque sorte montré qu'il y avait un lien entre nous. Un lien privilégié qu'elle voulait conserver pour elle toute seule, parfois. Le fait de m'appeler avant même de me voir, de ne vouloir que moi pour certaines choses ou de me montrer qu'elle se souvient d,un petit truc qui n'appartient qu'à nous, à travers la fenêtre: à savoir, faire signe comme la reine d'Angleterre. Je crois que mon amoureuse sait l'importance qu'elle a à mes yeux. Elle aurait pu venir mais elle aurait dû courir et ça lui aurait fait des kilomètres à faire, un soir en pleine semaine: je ne pense pas que ce soit dans ses habitudes. Je crois qu'elle comprenait que je puisse donner une fois la priorité à quelqu'un d'autre, surtout que ce n'était pas comme si je voulais aller boire avec des copains; comme je pouvais comprendre qu'elle ne fasse pas le trajet même si elle était la bienvenue, surtout en étant prévenue à la dernière minute alors qu'on était censés passer une soirée tranquille.

Je crois qu'on est un peu dans cette phase qui suit le premier rapprochement, où on veut tout partager, apprendre à connaître l'autre, passer un maximum de temps tous les deux. Cette phase qui me stresse beaucoup moins que d'autres fois, peut-être parce que je sens que c'est léger, sain, adulte et surtout sincère entre nous. Depuis hier, cela fait deux mois que nous sommes ensemble. C'est court et en même temps, on a déjà vécu pas mal de choses depuis ce premier baiser. On a dormi et mangé, ce qui constitue la base du quotidien, on a aussi passé des moments à rien faire, notamment dimanche après-midi où après deux nuits éloignés l'un de l'autre les retrouvailles ont été relativement intenses. J'étais content de la revoir, de la sentir près de moi, de retrouver le goût de sa peau et je pense que, de son côté, elle a apprécié à sa juste valeur le fait de retrouver mes bras autour d'elle. On en a peut-être besoin, plus ou moins consciemment. Ce sera peut-être toujours le cas où peut-être qu'un jour ce ne sera plus nécessaire pour savoir, sentir que la présence de l'autre est tout ce dont on a besoin, puisque l'important n'est pas où on va mais avec qui on fait le chemin. On est partis en weekend, en se demandant un peu si on allait se supporter. On est allés manger chez ma maman, on a participé à la marche gourmande avec des amis à moi, je suis allé la rejoindre au mariage de son meilleur ami où j'ai vu son frère, elle a vu le mien et ma filleule le lendemain et on va manger chez sa maman ce soir. C'est déjà pas si mal! D'ailleurs, il paraît que tout le monde l'a trouvée jolie, même si ce n'est pas le plus important. On m'a également dit qu'elle était sympa, alors que la marche gourmande et les wallos n'étaient sans doute pas les instants où elle a été le plus souriante et enjouée, question de contexte. On passe de bons moments ensemble et on a envie d'en vivre encore beaucoup d'autres. Mais sans avoir forcément peur de "se perdre", deux personnes qui, dans une certaine mesure, ont malheureusement été quelque peu habituées à la solitude ont sans doute besoin de se retrouver seuls, par moments. Pour faire d'autres choses, pour penser autrement. Pour voir d'autres gens, peut-être, sans s'éloigner pour autant. J'ai assez confiance en elle et en nous. Je sais qu'elle a encore ses problèmes à régler aussi et je crois que ça risque de durer un moment, que je devrai être patient avant que tout ça soit "nettoyé". D'ailleurs, je suis sûr qu'elle était stressée par ce rendez-vous à la banque, je ne sais pas pourquoi elle y va mais... Le simple fait qu'elle ne me l'ait pas dit me donne un bon indice. Le fait qu'elle ait préféré que l'on ne se voie pas hier pour avoir les idées claires m'en donne un second. Le fait qu'elle ait si mal dormi me confirme définitivement que c'est à cause de cette histoire de maison avec son ex. Elle dit qu'elle ne veut pas trop m'en parler pour ne pas se donner une image trop négative dès le début de notre relation (ou quelque chose comme ça) et je ne la forcerai pas. D'un autre côté, je me dis qu'elle n'a peut-être pas assez confiance en moi ou qu'elle ne nous croit pas assez solides pour faire face à ça. C'est peut-être même ce qu'elle a pensé de toutes ses relations depuis lors. C'est peut-être là qu'il faut faire la différence. La protéger, la rassurer, être là pour elle. Lui faire comprendre qu'elle peut tout partager sans crainte d'être jugée ou de donner une image négative. Au-delà des mots, il faut des preuves.

Un peu comme avec son histoire de tuyauterie. Elle m'a clairement dit qu'elle était à bout, qu'elle en avait marre de faire face à tout, toute seule, même pour ce genre de choses. Elle était perdue, un peu submergée (sans mauvais jeu de mots), énervée peut-être par autre chose, aussi. Un mec du rayon plomberie de chez Brico lui avait proposé de régler son souci et... J'ai été un peu jaloux. Je voulais trop être "son héros" avec des gros guillemets? Je me suis senti attaqué dans ma virilité, menacé dans mon rôle, mon ambition d'être "son homme"? Elle a probablement trouvé cette attitude fort déplacée vu sa réaction. Quand je lui ai demandé si il était moche, elle m'a répondu "Ni laid, ni beau.. Comme toi!". Je ne l'ai pas vraiment bien pris, même si je ne me considère pas comme une statue grecque, loin de là. J'ai donc décidé de réagir constructivement en proposant d'essayer d'installer les pièces avant de faire éventuellement appel à ses services. Finalement et après quelques aller-retour entre sa maison et le magasin, le souci était résolu. Il ne reste plus qu'à finaliser avec un joint de silicone, je me suis procuré le matériel mais il faut encore que je le fasse. Je pense que c'était la meilleure chose à faire et elle me l'a confirmé en me disant que j'avais bien réagi après un premier geste juge maladroit.

J'ai vu un peu de son caractère, là. Sans prétendre avoir compris comment elle fonctionne, je crois que dans ces cas-là, il ne faut pas trop réagir à chaud, surtout au vu et au su de mon impulsivité. Laisser passer l'orage et puis parler calmement, sans être énervé par ce qu'on vient d'entendre et sans se mettre en position d'infériorité non plus. Je l'ai même laissée me faire un tout petit mensonge... Quand elle m'a dit qu'elle n'avait pas pris la tondeuse du salon pour moi, j'ai senti qu'elle n'avait juste pas envie de me faire plaisir. Mais je ne lui ai fait remarquer que plus tard que je lisais mieux en elle que ce qu'elle croyait. On apprend à fonctionner ensemble, encore. Il y aura encore plein d'adaptations. Il y aura encore d'autres tensions.

Concernant Facebook, notamment. J'ai bien laissé tomber l'idée de faire une demande de relation! J'ai eu le malheur de mettre une photo de nous deux, la seule qui existe d'ailleurs, comme photo de profil. J'avais la même depuis plusieurs mois et j'avais envie de changer. J'avais deux possibilités: une photo avec ma filleule ou cette photo de nous. Comme celle d'Elise et moi est déjà ma photo de profil sur mon compte pro (il faut "humaniser" de temps en temps et comme je suis un monstre horrible et sans coeur, un vil manipulateur, j'utilise un enfant contre son gré, oui... Je n'ai pas vraiment honte, en plus), j'ai commencé à retravailler celle que la sœur d'un ami avait pris à l'occasion de la marche gourmande et qui, après tout, figurait déjà sur Facebook. J'ai fini par arriver à un résultat relativement satisfaisant et je me suis demandé pendant un petit moment si j'allais la publier. J'avais déjà eu le culot insensé de mettre un petit mot, une chanson sur son mur et... Elle y avait répondu et réagi plutôt positivement. J'avais pensé à une chanson de Cabrel le matin, qui me semblait parler d'elle, de nous et je lui en avais parlé. J'étais tout rempli de ce sentiment et je me sentais de le partager. Ça ne partait pas d'une mauvaise intention mais force a été de constater que ce n'était peut-être pas l'idée du siècle. Elle me l'a plus ou moins reproché, justifiant notamment cela par le fait qu'elle avait le droit de décider de ce qu'elle rendait public. Une évidence. Mais je me suis bêtement demandé si elle avait honte ou quelque chose comme ça, en grattant un peu, il est ressorti qu'elle avait toujours des connaissances et des membres de la famille de son ex dans ses contacts, en plus d'avoir des meubles dans son salon et une autre pièce. Ou en plus d'avoir encore des photos avec lui sur Facebook: il y en a une ou deux où je collerais bien ma tête à la place de la sienne. Je voyais mal pourquoi elle ne pouvait pas en avoir une, très "correcte", même si on peut toujours faire mieux car il y a sûrement moyen de faire plus avantageux, avec moi. Surtout que sa famille et ses amis proches sont tout de même au courant. Elle m'a dit que j'aurais pu lui demander son avis mais je pensais que c'était comme demander la permission d'embrasser ou comme de dire "Si je te demande en mariage, tu diras oui?". Ça ne se fait pas. Ce n'est pas "drôle" si on connaît le résultat à l'avance, s'il n'y a pas de suspense. Elle n'avait pas l'air d'accord avec ça... Je sais que j'aurai besoin de patience, je sais que je devrai comprendre beaucoup de choses, qu'on doit apprendre à s'accorder. Et c'est vrai que personnellement, je n'ai rien à cacher. Que ceux qui voient mes publications sont ceux à qui je veux bien le dire. Que si on veut contrôler absolument tout a priori, il y a des réglages qui existent. Et que s'il y a des gens avec qui vous n'avez pas envie de partager votre bonheur, ils ne devraient peut-être pas figurer parmi votre liste d'amis... Ce n'est même pas une question de "marquer son territoire", même si je ne suis probablement qu'un homme et sans doute pas le moins possessif. Je ne lui dis rien, ou en tout cas je ne lui avais rien dit sur ses photos avec lui, ou encore sur le fait qu'elle s'affiche "célibataire" ce qui à mes yeux est beaucoup moins respectueux vis-à-vis de l'autre que de ne pas lui demander son avis avant de publier une photo. Je trouvais que c'était une petite surprise toute mignonne et... Au final, ce n'est surement pas l'initiative la plus heureuse que j'aie pu avoir. Quoique ça nous a encore permis de nous connaître mieux, en somme. Cependant, je n'ai pas envie d'arrêter d'être naturel, même si je respecte parfaitement sa liberté. Pas envie de brider les sentiments et mes élans. Il n'y a que comme ça que ça peut être "magique". Non? Quand on se lâche totalement... Quand on laisse le passé bien à sa place pour vivre ce que l'on mérite et que l'on a peut-être attendu longtemps. Quand on ne croyait peut-être même plus que c'était encore possible. Quand on pensait qu'on ne se laisserait plus emporter et qu'on y croit en sentant quelque chose de plus fort que nous. Une envie de construire.

C'est certainement ce qui explique ma légère impatience, que je suis assez fier de contrôler "si bien" dans ce contexte alors qu'on m'en a donné si peu, à la naissance. Je me dis juste que, dans l'autre sens, si elle avait fait exactement ce qu'elle avait fait, j'aurais été touché, j'aurais énormément apprécié le fait qu'elle soit fière d'être avec moi et qu'elle ait envie de le dire à tout le monde. Au lieu de ça, j'aiété  un peu vexė que ce côté-là soit totalement éclipsé par le "respect des membres de la famille de son ex". Un peu tôt? Ou "enfin"... D'après ce que je l'avais entendue dire de loin au téléphone, elle ne tolérerait pas que ça l'empêche de vivre. Mmh... Vivons, alors.